Café La Vielleuse

Je suis retourné dessiner les deux hommes noirs. Ce sont des habitués de La Vielleuse. Moi aussi. Ils sont contents de se retrouver. Ils se donnent du réconfort. Ils se sont installés à la même place que l’autre fois, dans leur loge.

Cette fois j’ai pu les dessiner complètement.

Il y a néanmoins une petite lumière qui apparaît sur l’œil de l’homme de gauche qui fait qu’on dirait qu’il regarde vers moi et qu’il est comme méfiant. Il se demande ce que je manigance.

Encore une fois j’ai dessiné sur son visage une expression de ma propre inquiétude.

Lorsque les hommes se sont levés j’ai interpellé au passage le plus proche.

– Monsieur ! je vous ai dessiné avec votre ami !

Il me regarde. Il ne comprend pas.
– Quel ami ?
Je lui montre le dessin.
– Je vous ai dessiné avec votre compagnon

Il regarde le dessin de loin mais ne s’approche pas. Puis il sourit.

-Ah ! vous nous avez dessiné ?! C’est bien !
Merci !

Acrylique sur carton entoilé 18 x 24 cm

Café La Vielleuse

Cinq états d’un dessin

J’ai commencé par dessiner les deux hommes noirs au second plan. Ils sont comme dans une loge. Ils ne sont pas bien éclairés mais je suis fasciné par leur relation. Je suis trop éloigné pour entendre leur conversation.

À la fin une famille prend place devant moi. La maman, que j’ai dessinée, cache presque l’homme de droite au fond.

J’étais décontenancé comme lorsqu’on conduit sur une route dégagée et que surgit un obstacle. Il y avait  un malaise et je l’ai reporté sur le visage de la femme.

À un moment elle a sorti son bébé de la poussette. Elle l’a porté sur ses genoux. Je lui ai demandé la permission de la photographier avec son bébé, une enfant de 6 mois merveilleuse.
Je lui ai montré la photo sur l’ écran de mon smartphone.
« Voulez-vous que je vous envoie la photo » ?
« C’est pas la peine »

Comment faire pour faire tenir ma composition ?

Dans la photo que j’ai prise avec le dessin, elle est en train de scroller sur son smartphone. Les deux hommes derrière sont déjà partis.

J’ai essayé de lui baisser la tête. Je l’ai obscurcie puis éclaircie pour ne pas éteindre les deux hommes au second plan.

Difficile d’accepter les contradictions, les incompatibilités.

Acrylique sur carton entoilé 20 x 20 cm

Starbucks Café

Rue de Rivoli.

Je me rendais en bus quai Voltaire acheter un nouveau porte-mine. Je déteste quand la mine se casse en plein dessin et que je n’arrive pas à la remplacer.

J’ai repéré un établissement rue de Rivoli qui comporte un étage offrant une perspective sur la rue. C’est un Starbucks Café. Le premier étage est pourvu de fenêtres mais trop petites et trop hautes pour qu’on puisse contempler la rue. Dommage.

Je me suis rabattu sur la salle, presque déserte au début.

Un groupe de femmes se trouvaient à gauche mais j’ai commencé par le côté droit où un jeune homme était installé sur le canapé. J’ai trop tardé pour trouver les couleurs et les femmes se sont levées.
Plus tard un homme avec une casquette à visière s’est assis sur la gauche.

Depuis pas mal de temps je dessine l’espace d’abord puis les personnes ensuite. Très souvent je n’ai plus le temps de les dessiner. Elles ont bougé. La lumière a changé. J’ai juste le temps de les mettre à leur place.

Quand j’ai eu terminé et que je rangeais mes affaires la salle s’est soudainement remplie.

J’ai pris la photo de la salle avec mon dessin mais c’était comme si ce n’était pas la salle où je me trouvais quand je dessinais. Désormais je ne suis plus là.

De la salle on voit de chaque côté des personnes serrées, studieuses, dans une zone sombre. Elles se tournent le dos. Au milieu un chemin éclairé, vide, vers la sortie.

Acrylique sur carton entoilé 18 x 24 cm