Comme j’avais oublié ma trousse avec mon porte-mine pour dessiner au crayon – et gommer-. Et mes pinceaux de voyage que j’utilise ordinairement, je me suis lancé , directement à l’aquarelle avec des pinceaux d’un autre récipient.
Et voilà le fourbi.
Je n’avance pas plus vite pour autant. J’efface avec de l’eau les traits que je dessine au pinceau et je me corrige.
Mais le triangle jaune sur la banquette, c’est un rayon de soleil qui se projetait quand j’ai commencé. Tout le reste était dans une pénombre relative. Je n’y ai pas touché bien qu’avec le temps que j’ai passé à mettre mon dessin en place, la lumière ait changé. Tout s’est relativement éclairci. Bref, mon triangle jaune de rayon de soleil projeté n’a plus de raison d’être dans ce nouvel environnement.
Je n’ai pas voulu corriger cette erreur pour me souvenir que je l’ai commise.
Deux jours de marché : le même bar. Pour moi le sujet est inépuisable, grâce à la lumière, à l’inattendu. Je retrouve la sensation de péril. Il faut rester concentré. Gare à ne pas dévisser ! Nous sommes comme des passagers en transit. Mais on ne connaît pas la destination.
La façade est entièrement décorée de motifs d’animaux et floraux réalisés en grès par le propriétaire, Alexandre Bigot, qui était céramiste. Les sculptures sont de Théobald-Joseph Sporrer, Firmin Michelet, Alfred Jean Halou et Jean-François Larrivé. On peut contempler le foisonnement des formes et des matériaux, la pierre sculptée, la céramique, le bois, le vitrail, le bronze et le fer forgé.
Je dessine comment les personnes se superposent. Assises à des tables voisines. C’est intéressant de voir des personnes juxtaposées mais qui ne sont pas ensemble. Elles ne se connaissent pas. Elles ne se parlent pas. Voire de l’autre côté de la vitrine. Dehors / dedans. L’extérieur m’intéresse. Je relie les personnes à l’espace dans lequel elles se trouvent et aux autres personnes. Pour moi qui dessine rien n’est indifférent. Par le dessin je sonde les relations qu’elles ont, dont il n’est pas question dans la conversation mais qui est visible dans leur corps.
Je pense souvent au film de Wim Wenders, « Les ailes du désir » dans lequel on entend ce que pensent les personnes. Ce qu’elles taisent.
Impossible pour moi de savoir à quoi rapporter la décoration de ce café. À l’époque napoléoniènne ? À un pays lointain et dont j’ignore tout ? la Turquie ? La Grèce ? Cette place – de la République – m’est décidément inconnue.